Evolution et devenir de l'enseignement supérieur : le débat contradictoire, ce soir 18 décembre
Par Comité de mobilisation le lundi 17 décembre 2007, 21:15 - Actualité - Lien permanent
Le comité de mobilisation de l'Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines est composé d'étudiants, d'enseignants et de personnels administratifs et techniques en colère contre la loi Pécresse (LRU) et pour une autre réforme de l'université
Un ensemble de réformes :
- création et montée en puissance de l'ANR,
- réforme du système d'évaluation avec l'AERES,
- réforme de l'université avec la loi LRU,
- incertitude sur l'avenir du CNRS,
redessine en profondeur le système français de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ces réformes ne font pas l'unanimité et pour mieux comprendre les termes du débat, le Forum d'information Politique (FIP) et les comités de mobilisation de l'ENS LSH et de l'ENS Lyon invitent deux spécialistes de la question, Olivier Gandrillon, chercheur en biologie et membre de "Sauvons la recherche", et Michel Morvan, enseignant-chercheur en informatique. Tous deux exprimeront leurs positions sur la LRU et les dernières réformes de l'enseignement supérieur et de la recherche. Leurs interventions seront suivies d'un débat avec la salle.
Venez nombreux assister et participer au débat Amphithéâtre de l'ENS LSH - 18h30 - Entrée libre
Commentaires
Comment s'est passé le débat ?
Bonjour,
mes quelques impressions du débat :
(nb j'ai loupé l'intervention SLR donc je n'ai entendu que l'interv pro LRU puis le débat)
L'interv pro LRU a beaucoup attaqué la collégialité et l'évaluation par les pairs sur le mode : ça ne peut pas marcher puisque les évaluateurs étant élus par les évalués, ils sont liés à eux comme des politiques sont liés à leur électorat et ne peuvent donc pas trancher dans le vif même dans les cas où tout le monde sait parfaitement qu'il y a problème, que telle unité est problématique, que la recherche qui s'y fait est mauvaise etc. Bref avec ce système les critiques se perdent dans les sables et tout reste en l'état et c'est pour ça que notre recherche est mauvaise.
Le débat a beaucoup tourné autour de la comparaison avec le système américain et là je trouve que les opposants à la LRU ont marqué pas mal de points (comparer ce qui est comparable, ne pas limiter l'université américaine à Harvard et au MIT et voir aussi toutes les facs poubelles, la reproduction sociale etc., ne pas oublier qu'aux US les entreprises sont obligées par une loi - apparemment - à reverser x % de leur chiffre d'affaires sur le territoire américain et que c'est pour ça qu'elles financent la recherche, que d'ailleurs la recherche fondamentale est massivement financée par l'Etat fédéral, etc.)
Par contre, on bute sur quelque chose : ce sont clairement des visions du monde et des projets de société opposés qui sont engagés derrière ce débat, et nous n'arrivons pas (je trouve) à être clairs sur le(s) nôtre(s), alors qu'en face des choses extrêmement choquantes sont dites sous l'apparence de la bonne foi et du bon sens et malheureusement, "ça passe".
Je voyais des chercheurs hocher la tête à ce genre de choses :
- le topo sur "les CA pléthoriques et l'université ingouvernable" (= la démocratie c'est pas efficace, c'est quasiment ce qui finissait par être dit dans les échanges !),
- "Evidemment qu'aux Etats Unis toutes les facs ne sont pas Harvard mais c'est chouette, justement, qu'"il y en ait pour tout le monde", à chacun son niveau, non ? Tout le monde ne peut quand même pas aller à Harvard, tout le monde n'a pas le niveau pour ça on le sait très bien non ?"
- "On sait très bien qu'il y a des bons chercheurs qui jouent en classe internationale, des moyens, et environ 30% qui ne font pas de recherche, tout le monde le sait, tout le monde le voit autour de lui etc."
En fait c'est tellement sidérant d'entendre ça que nous en restons muets.
Enfin, globalement, débat assez mou et interventions très moyennes des deux côtés.
Merci pour ce compte-rendu très intéressant.
Je n'ai plus trop envie d'entendre des débats contradictoires, j'ai envie de retrouver ceux pour qui justement les principes (plutôt que les objectifs d'ailleurs) de la recherche et de l'université sont clairs même s'ils sont implicites, justement parec qu'ils n'ont pas besoin d'être objectivés sans cesse. Je préfère retrouver ceux qui savent que pourtant, ils ne convaincront jamais ceux qui veulent les détruire. Le problème est le suivant : il est parfaitement normal que les objectifs ne soient pas clairs précisément parce que les institutions n'ont pas d'objectifs explicites et mesurables, au sens où on parle de démarches centées sur l'objectif. Les institutions rendent des choses concevables et donc possibles et d'autres impossibles, sur la base des principes qui sont ceux de l'idéal démocratique Ainsi il est parfaitement normal pour moi que les élus soient aussi les évalués car c'est totalement réversible, les évalués sont aussi les élus. En bref je ne supporte plus que nous soyons sans cesse traînés sur le terrain de ceux qui veulent nous détruire en nous demandant de préciser quel est l'objectif de notre existence.
Effectivement on peut être fatigué-es de ces débats avec des contradicteurs qui ne bougeront pas d'un iota, qui savent parfaitement ce qu'ils font et pourquoi ils le font.
Le souci c'est qu'ils sont aux commandes à l'heure actuelle et donc nous détruisent.
Si on veut pouvoir les arrêter, il va donc bien falloir convaincre nos concitoyens, pour que cette vision de la société cesse de gouverner nos vies.
Donc je ne crois pas qu'il faut refuser d'expliciter ce qu'on fait et comment on le fait, par contre il faut cesser d'essayer de le faire dans leur nov'langue car là évidemment on perd à tous les coups.
L'idéal démocratique, la démarche scientifique, les rapports sociaux non marchands, le bien public, les dynamiques collectives, etc. tout cela est bien évidemment explicitable, défendable.
Mais nous les avons tellement chevillés au corps que quand nous les entendons attaquer avec un niveau d'argumentation aussi faible nous en restons sans voix. Or c'est dommage car lors de ce débat contradictoire par exemple, plusieurs dizaines de personnes auraient pu être convaincues de l'énormité du projet présenté "en face".
Mais voilà, nous bredouillons... Pourquoi ?
Nous sommes dans la même situation que les indiens d'amérique latine face à l'avancée de Cortez : plus ils faisaient de présents d'or aux conquistadors en pensant les amadouer, plus les conquistadors les massacraient pour avoir plus d'or encore. Continuons à argumenter avec ceux qui veulent nous détruire (et ne veulent que cela, pour d'évidentes raisons idéologiques), et nous disparaîtrons d'autant plus vite. Au moins, on sera fixés répidement comme cela...
De quoi la loi Pécresse est-elle le nom ?
En fait, pas du tout sûre que seule la force de conviction puisse l'emporter... Je vote pour les indiens d'Amérique d'Igor : nous sommes là face un rapport de force terrible qui lamine tous les secteurs de la société. Non, plus de présents...
Je suis en train de lire le petit livre de Badiou "De quoi Sarkozy est-il le nom ?", et je vous en livre quelques mots pour conjurer la déprime : "Oui, chers amis, je flaire dans cette salle une odeur de dépression. Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur..."
Mes ami-e-s, très bonnes vacances à tous, je m'envole demain vers "la lumière d'Afrique" comme disaient les orientalistes...
Bonnes vacances, vive la lumière, vive l'Afrique, vive les Indiens...
Hola,
pas compris vos réponses : moi aussi je vote pour les indiens bien sûr. Dans la métaphore d'Igor, je posais plutôt la question de savoir comment convaincre les autres indiens de ne pas donner l'or, pas de discuter avec les conquistadores qui en effet ont un programme très précis et savent parfaitement ce qu'ils visent.
Je parlais des gens dans la salle qu'on aurait pu convaincre car il y avait un flottement vraiment perceptible, chez beaucoup (d'ailleurs c'est plutôt une bonne nouvelle en soi, vu le matraquage et les silences médiatiques qu'on se paie en face...)
A bientôt
Tu as raison, il faut convaincre de ne pas donner l'or. Mais dans ce cas, il faut qu'on arrête d'inviter des représentants du point de vue des conquistadores. Mais il y a tant de difficultés pour convaincre dans un contexte de désinformation massive qu'on peut parfois se demander s'il ne faut pas essayer plutôt de tisser le fragile réseau de ceux qui partagent les mêmes analyses.
Mais il y a le choix des d'implications dans cet énorme chantier de la contestation et tu as raison de le rappeler.